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Le
JU-JITSU: des origines au XXème siècle
D'après
Roland Hernaez, 9ème DAN Japon.
Depuis
que l'homme est apparu sur terre, il a dû combattre
pour rester vivant face à une nature hostile, contre
les animaux et contre les hommes, non seulement pour défendre
ses biens, mais aussi pour assurer sa supériorité
et pour régner en maître sur son entourage.
Le Japon pays en proie à des guerres perpétuelles
entre clans, mais aussi pour protéger son territoire,
développa l'art du combat d'une manière particulièrement
efficace surtout en ce qui concerne le corps à corps
et ceci pendant la période féodale durant
laquelle les arts militaires prirent un maximum d'importance.
Parmi
ces arts le SUMO puis le JU-JITSU occupaient la première
place. A l'origine, le SUMO (ou SUMAI c'est à dire
le combat) était confondu dans l'ensemble des luttes
japonaises. Selon les historiens, sa séparation remonte
à un fameux combat, celui de NOMI NO SOKUNE et TAIMA
NO KUEHAYA. Aujourd'hui, il est admis que les origines du
JU- JITSU datent de cette époque.
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De
toute façon, il est vraisemblable que les Arts
Martiaux japonais naquirent aux Indes, puis par l'intermédiaire
de la Chine se concrétisèrent plus tard
au Japon. Des documents prouvent qu'en Grèce
comme en Egypte des méthodes de combat proches
du JU-JITSU Japonais étaient pratiquées
par les hommes d'armes. Des bas reliefs sur certains
tombeaux le démontrent de manière formelle.
Selon
la tradition, l'Empereur MING-TI de la dernière
dynastie HAN envoya aux Indes des agents qui rapportèrent
des techniques de combat rapproché.
En 527 de notre ère, le moine indien BODHI
DHARMA enseignait la religion bouddhiste dans un
monastère du nom de SHAOLIN dans la province
de HONAN en chine.
BODHIDHARMA (DARUMA) incorpora dans ses exercices
quotidiens de ZEN, exercices qu'il enseignait à
ses moines, des techniques de combat corps à
corps inspirées de la lutte animale. Il est
intéressant de noter que le nom de SHORINJI
que l'on retrouve dans l'histoire du BUDO japonais
et dans plusieurs écoles (SHORIN -RYU, SHORINJI-
KEMPO
) est la lecture du mot chinois SHAOLIN.
Introduit
au Japon par les moines, certaines de ces techniques
donnèrent naissance au SUMAI, au TODE, au
KOGUSOKU qui deviendra l'AIKI- JITSU, ainsi que
le KUMIUCHI, art du combat à mains nues né
sur les champs de bataille.
Trois grandes époques peuvent caractériser
l'évolution des Arts Martiaux au Japon :
L'époque
du BU-JUTSU:
Epoque des techniques de combat, expérimentées
au cours de luttes sanglantes ou sur le champs de
bataille.
L'époque
des BU-GEI : (Art
du combat)
Les techniques sont classées en 18 arts :
les BU-GEI JU-HAPPAN - époque du perfectionnement
des styles, création d'écoles.
Les techniques du JU-JITSU créées
à une époque où le combat,
réalité quotidienne, enseignait l'art
de survivre, sont codifiées.Les BUSHI (guerriers
et SAMOURAI), souvent des maîtres de renom,
ouvrent des écoles : les RYU.
|
L'époque
moderne :
Les
BUDO : création des Arts Martiaux traditionnels.
Les soucis principaux étaient orientés vers
l'esthétisme (l'éducation physique et morale
des pratiquants) et l'orientation de la technique (JITSU)
vers la voie (DO); la recherche se poursuivant toute une
vie.
Subissant l'influence de groupements religieux, les Arts
Martiaux s'imprègnent de philosophie, obligeant parfois
à accorder une prédominance plus spirituelle
que physique.
En
revenant aux origines du JU-JITSU, le maître JIGORO
KANO créateur du JUDO moderne (1860-1939), explique
que venant de Chine, les premiers maîtres donnèrent
un enseignement de base très rudimentaire. Les techniques
d'attaque et de défense portaient essentiellement
sur l'utilisation des pieds et des mains.
Au fur et à mesure, les pratiquants utilisèrent
davantage de souplesse, l'esquive venue du travail au sabre,
le contrôle de l'attaque, l'apport des luxations et
des projections.
Le JU-JITSU était né.
Cependant,
le JU-JITSU des SAMOURAI ne comprenait pas uniquement des
projections, frappes, luxations et étranglements,
mais aussi un art qui permettait de sauver un sujet en état
de mort apparente ou de calmer certaines douleurs: cet art
s'appelait KUATSU. Les KUATSU sont toujours enseignés
aux ceintures noires et en particulier aux professeurs.
Ils font partie des épreuves d'examen de 2ème
degré de NIHON JU-JITSU et de NIHON TAI-JITSU.
Ces
techniques de "retour à la vie" agissent
en général sur l'excitation des zones réflexogènes
avec retentissement sur les centres nerveux et cardiaques.
Le mot KUATSU est la contraction de KUA (vie) et TSU (JUTSU).
Le mot KWAPPO qui est souvent employé par les spécialistes
signifie "ensemble des méthodes de retour à
la vie."
Pour
ajouter à la formation du JU-JITSUKA, les KUATSU
se complétaient du SEIFUKU (art des rebouteux).

Sur
le plan historique, le KOJIKI livre des choses anciennes,
un des plus vieux ouvrages de référence, puis
plus tard le NIHON SHOKI, relatent des épisodes de
lutte corps à corps.
Dès le début de l'ère MUROMACHI, à
partir du XIVème siècle, le SUMO et le KUMI
UCHI commencèrent à se codifier.
Faisant partie de la formation des SAMOURAI, ils donnèrent
naissance vers 1500 au BU-JITSU (Technique de Combat) et
à de nombreux RYU, chacun de ces RYU ayant une méthode
et surtout une technique propre à lui-même.
Chaque RYU transmettait oralement l'ensemble codifié
du maître aux disciples.
Les
premiers RYU naquirent durant le Japon médiéval,
vraisemblablement au XVème siècle . Issu de
ces RYU, l'art des BUSHI (guerriers) allait progressivement
trouver sa forme définitive. Cependant, ce ne fut
qu'au début du XVIIème siècle que le
nom de JU-JUTSU apparut fréquemment à la place
de l'appellation KUMI-UCHI.
Groupés
sous le nom générique de JU-JITSU, voici quelques
uns des RYU célèbres:
 |
| YAWARA
JITSU |
TAI
JITSU |
| WA
JITSU |
TORITE |
| KOGUSOKU |
KEMPO |
| HAKUDA |
KUMI
UCHI |
| SHUBAKU |
KOSHI
NO WAKARI |
| TENSHIN
SHINYO RYU |
KITO
RYU |
| KIUSHIN
RYU |
TAKENO
UCHI RYU |
|
Cependant,
comme il a été dit auparavant, l'influence
chinoise continua d'imprégner les BUDO japonais,
par exemple vers 1600, un chinois TCHIN GEN PIN s'installa
à EDO qui deviendra plus tard TOKYO et enseigna des
techniques de combat corps à corps de l'époque
MING à trois RONIN (voir plus loin).
Le
travail accompli par ces quatre techniciens fait partie
de cette immense compilation qu'est le JU-JITSU. Recherches
locales et apports extérieurs, venant souvent de
Chine, ont contribué à l'évolution
du JU-JITSU ancestral, lui donnant parfois une forme imprégnée
de douceur et de non violence.
La philosophie chinoise donne en ce qui concerne la forme
de combat corps à corps du JU-JITSU l'image du saule
pliant sous la neige, cédant ensuite sous son poids
pour la rejeter, par opposition au pin qui résiste
longtemps à cette accumulation avant de voir ses
branches se briser.
Quelques
précisions concernant le BUSHIDO, les SAMOURAI et
les RONIN
LE
BUSHIDO
Le
code d'honneur des SAMOURAI; le BUSHIDO comprenait les règles
de vie, la vénération des ancêtres,
l'obéissance totale au suzerain, la probité
d'esprit et de cur, le mépris de la mort.
Le
premier ouvrage traitant de ce code est le HAGAKURE "livre
secret des SAMOURAI". Il fut écrit aux environs
de 1700 par un moine guerrier YAMAMOTO TSUNETOMO. Cet ouvrage
exalte, en onze volumes, le BUSHIDO.
INAZO
NITOBE a écrit dans BUSHIDO, l'âme du Japon,
"le BUSHIDO, en tant que code éthique indépendant,
disparaîtra peut-être mais sa valeur n'aura
pas changé, ses écoles martiales seront peut-être
anéanties mais sa lumière et sa gloire survivront
à leur ruine".
Le BUSHIDO allie à l'étude des formes classiques
des arts martiaux japonais, la recherche d'une certaine
pureté dans la forme. C'est donc non seulement l'étude
du style, mais la poursuite du spirituel.
LES
SAMOURAI
Le samouraï, "celui qui sert", le chevalier
prêt à tous les sacrifices, chef menant ses
troupes au combat est aussi un défenseur de la paix,
ainsi qu'un administrateur. Citons l'ouvrage remarquable,
SAMOURAI, seigneurs japonais de la guerre par Stéphen
R. TURNBULL (Bordas).
| Le "SAMOURAI,
personnage tour à tour cruel et romantique
imprégné de loyalisme est toujours
prêt au sacrifice de sa vie ... chevalier
médiéval rompu aux arts martiaux
et plongeant dans la bataille pour y mener son
combat singulier... toute l'histoire politique
et militaire du Japon repose sur l'épopée
des SAMOURAI du 16ème siècle;
NOBUNAGA et HIDEYOSHI combattirent à
la tête de leurs SAMOURAI pour unifier
le Japon et lorsque la paix fut enfin établie
pour plus de deux siècles, les SAMOURAI,
devenus fonctionnaires abandonnèrent
leurs armures fonctionnelles, rouillées
par l'eau des rizières, pour d'autres
plus élaborées et plus décoratives."
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LES
RONIN
Il
s'agissait de SAMOURAI qui ayant quitté volontairement
ou non le service de leur seigneur, ne possédaient
en général que leur armure, leur épée
et leur courage. Les RONIN vivaient de charité, certains
suivaient scrupuleusement le code d'honneur du BUSHIDO,
en revanche d'autres devinrent brigands. Quelques RONIN
furent des experts en BUDO et ouvrirent des DOJO.

LES
GRANDES ECOLES DE JU-JITSU
Ouvrage
de référence: le BU-JUTSU RYU JOROKU (biographie
des fondateurs de RYU).
Sachant
que le moyen âge japonais dura plus de mille ans,
on comprend pourquoi les arts martiaux japonais ont atteint
un degré de perfection qu'aucun pays n'a pu égaler.
L'origine de nombreuses écoles reposent sur des légendes
plus que sur des réalités. L'addition des
techniques utilisées par les BUSHI comme par les
moines guerriers ou tout simplement par les marchands et
paysans et reprise par des experts de valeur fit le reste.
YOSHIN RYU
La
légende la plus caractéristique est sans conteste
celle qui explique l'origine de l'école très
populaire: YOSHIN RYU "l'école de l'esprit du
saule".
Un médecin du nom de SHIROBEI AKIYAMA après
avoir étudié un grand nombre de techniques,
les enseigna mais sans le succès escompté.
Un jour d'hiver, pendant qu'il méditait, une violente
tempête de neige brisa de nombreux sapins, seul un
saule par sa flexibilité rejetait le poids de la
neige. Le médecin fut illuminé par cette démonstration
"céder pour vaincre" et modifia son enseignement
qui fut à l'origine du JU-JITSU et certainement du
JUDO moderne (école JIGORO Kano).
TENJIN
SHINYO RYU
Il
s'agit de la fusion de deux anciens RYU, le YOSHIN et le
SHIN NO SHINDO. Le fondateur de la première, comme
nous venons de le lire, s'appelait SHIRONEI AKIYAMA et vivait
au 17ème siècle. L'école SHIN NO SHINDO
fut fondée par le policier YAMAMOTO. Les deux méthodes
furent réunies par ISO MATAEMON sensei, sous le nouveau
nom de TENJIN SHINYO RYU.
ISO MATAEMON s'attacha spécialement au travail de
l'ATE-WAZA (les coups), son troisième successeur
qui portait le même nom fut un des professeurs de
JU-JITSU de maître J. KANO. Ce dernier et maître
ISO firent d'ailleurs une démonstration de JU-JITSU
devant le général GRANT en visite au Japon.
GENJI NO HEIHO
Une
des plus anciennes écoles (Japon féodale du
13éme siècle). Patrimoine d'une grande famille,
les GENJI, l'école comprenait l'art complet de la
guerre: construction de forteresses, armement des guerriers,
techniques de combat, KYUDO, KEN-JITSU, pratique du KUMIUCHI,
etc...
TAKENO
UCHI RYU (16ème
siècle)
Le
fondateur, un samouraï de haut rang HISAMORI, fut appelé
plus tard TAKENO UCHI. L'école fut élargie
aux connaissances suivantes: sabre, NAGITANA (lance), TESSEN
(éventail de guerre), JO et BO (bâton), SHURIKEN
et TANTO JITSU (poignard).
TAKEDA
RYU
Une
autre grande famille au 16ème siècle, les
TAKEDA (TAKEDA HEIDO). Enseignement qui donna naissance
au DAITO RYU AIKI-JUTSU. Cette méthode comprenait
de très nombreuses techniques issues de l'art du
sabre le KEN-JITSU. MINAMOTO NO YORIOYCHI (1036-1127) fût
un des plus grands maîtres de ju-jitsu de l'époque.
Sa technique imprégna certainement l'école
TAKEDA.
L'ECOLE
YORITOMO
Fondée par MINAMOTO
NO YORITOMO.
Celui-ci exhortait ses hommes à pratiquer les arts
martiaux en accordant une large place au ju-jitsu. Les noms
TEDORI et TEDIKI furent souvent employés dans cette
école. La devise de MINAMOTO était la suivante:
"remportez la victoire sur le dos votre cheval mais
n'y régniez pas".
YAGYU
SHINGAN RYU (de SHIN esprit
et de GAN regard)
Fondée
par YAGYU.
La méthode comprenait en plus du ju-jitsu, les armes
du KOBUDO : lance, éventail, faucille, bâton,
etc...
KO GUSOKU
Le
KOGUSOKU était un ensemble de techniques de défenses
contre un attaquant portant une arme légère.
L'histoire des arts martiaux japonais écrite en 1714
par SHIGETAKA HINATSU comprend 10 volumes: tactique, manuvre,
étiquette, tir, équitation, sabre, lance,
armes à feu, KOGUSOKU, ju-jitsu.
TAI-JITSU
RYU
Méthode spécialisée
pour le combat corps à corps et contre armes légères
(sabre court, poignard): l'étude se faisait entre
BUSHI revêtus d'une armure légère et
armés d'un TANTO.
Le TAI-JITSU était aussi appelé KOSHI NO MAWARI.
Le nom JUDO était employé par l'école
JIKISHIN RYU à l'époque TOKUGAWA (1600).
Ce style de ju-jitsu n'avait rien a voir avec le JUDO du
KODOKAN créé par maître KANO en 1882.
KITO
RYU JU-JITSU
Cette école créée
au 17ème siècle par le maître UKUNO
élève du chinois CHANG YAN PIN et par ses
successeurs les maîtres TERADA et IBARAGI. Ce dernier
amena l'école à la prospérité.
Dans un ouvrage secret FUJI YOSHIMURA élève
et successeur de maître IBARAGI désigne la
forme positive et la forme négative de KITO RYU:
"on doit vaincre avec l'une ou l'autre de ces formes,
on doit vaincre la vigueur par la souplesse en sachant utiliser
la force adverse tout en préservant la sienne; on
ne peut pas vaincre lorsque l'on a l'intention de déployer
sa force sur la force adverse". Comme on peut le constater,
les principes mêmes du JU-JITSU et du futur JUDO du
KODOKAN sont ici mis à l'évidence.JIGORO KANO
y fût élève.
L'EPOQUE
MODERNE
Février
1854 - Partis de New Folk aux Etats Unis, les quatre bâtiments
à vapeur de l'escadre du commodore MATTHEW PERRY
arrivent enfin dans la baie d'EDO. Le commodore est chargé
de conclure un traité avec l'empire du Soleil Levant,
traité portant sur les points suivants: protection
des marins américains faisant naufrage sur les côtes
japonaises, droit de ravitaillement des bâtiments,
accord pour des échanges commerciaux.
Bien que très mal accueillis par la population et
les SAMOURAI fidèles à leurs principes, "Le
Japon ne doit pas être ouvert aux étrangers",
les nouveaux temps étaient arrivés. Le pays
du soleil levant ne sera jamais plus ce qu'il avait été
depuis des siècles et des siècles. L'ère
MEIJI qui approchait à grands pas, allait balayer
ce passé, la féodalité disparaître,
mais de ses cendres allaient renaître le BUDO et celui-ci
tel le Phénix de la légende, de ses ailes
couvrirait le monde.
Nous avons vu que le JU-JITSU était naturellement
à l'époque féodale un ensemble de techniques
qui décidait de la vie et de la mort du pratiquant.
Son étude mettait l'homme dans un état réceptif
sur toute chose et en particulier sur les champs de bataille,
ceci depuis l'instauration du gouvernement des SAMOURAI
établi à KAMAKURA (1192-1333) où les
formes de combat corps à corps se développèrent.
Avant
1880, le JU-JITSU n'était pas une technique mais
un nom dans lequel le public englobait toutes les écoles
de combats corps à corps qui n'était pas du
SUMO.
Certaines écoles pratiquaient une forme de lutte
avec veste et pantalons courts, d'autres des techniques
pour maîtriser un adversaire, d'autres la manière
de lier un prisonnier. N'oublions pas que le but de JU-JITSU
était de poursuivre le combat en luttant avec succès
lorsque l'on perdait son sabre.
Le JU-JITSU après de longues années de développement
avait atteint un tel degré de perfectionnement que
même les faibles remportaient des victoires sur des
ennemis puissants.
Un
élément extrêmement important influença
l'essor du JU-JITSU, en dehors des champs de bataille. Durant
la période TOKUGAWA (1603-1868) caractérisée
par un système rigide et isolationniste, le SAMOURAI
circulait porteur de deux sabres à la ceinture tandis
que les citoyens se voyaient interdire le port d'arme. Face
aux comportements souvent belliqueux des SAMOURAI et des
RONIN, les bourgeois et les marchands développèrent
eux aussi l'art du combat avec des objets familiers et souvent
à mains nues.
Il en fût de même pour les paysans qui utilisèrent
en plus des outils agraires comme moyen de défense,
des techniques de frappes (ATEMI); voir la création
et le développement de l'OKINAWA-TE, puis du KARATE.
En 1877, un décret interdit l'usage et le port des
sabres des BUSHI, d'où indirectement essor du combat
rapproché. De plus, durant la période féodale,
le port du sabre était interdit au peuple (86% de
la population). L'art du JU-JITSU se répandit logiquement.
En
1868, le SHOGUNAT TOKUGAWA fût renversé. Le
gouvernement MEIJI s'installa à TOKYO. Le système
féodal s'achevant, le Japon rejetait les cultures
et traditions anciennes et se tournait vers l'Occident.
Cependant, le JU-JITSU avait été classé,
sous l'ère MEIJI, dans les arts à préserver.
En 1886, 19ème année de l'ère MEIJI,
la préfecture de police adopta officiellement le
JU-JITSU comme méthode réservée aux
policiers.
LE
JUDO du KODOKAN
En
1882, un événement capital pour le futur des
arts martiaux allait naître à TOKYO. Un professeur
d'université JIGORO KANO crée le JUDO à
partir de techniques de JU-JITSU d'où sont supprimées
de nombreuses prises dangereuses dans le combat sportif.
De plus, son enseignement comportait en parallèle
des techniques traditionnelles de JU-JITSU.
A propos de ce dernier, citons les paroles du maître
KANO :
 |
| "Il
est (le ju-jitsu) une technique d'attaque et de
défense à mains nues par principe.
Pourtant, on fait face non seulement à
des adversaires aux mains libres mais également
à d'autres qui ont, soit une épée,
soit une lance, soit un bâton. Dans ce dernier
cas, il n'est pas impossible que le pratiquant
de JU-JITSU emploie une arme." |
|
JIGORO
KANO
Fondateur du JUDO |
|
L'essor
du JUDO et du JU-JITSU permit le développement mondial
d'autres arts martiaux.
LE KARATE
Le KARATE moderne, SHOTOKAN,
créé par maître FUNAKOSHI, et le WADO
RYU créé par un disciple de celui-ci, maître
OTSUKA.
Maître OTSUKA était aussi un expert en JU-JITSU
et incorpora dans son style de KARATE des principes utilisés
en JU-JITSU.
|
L'AIKIDO
L'AIKIDO
de maître MORIHEI UESHIBA (1883-1969); c'est
à partir du vieux JU-JITSU, du KEN-JITSU, de
l'AIKI-JITSU et du DAITO RYU de TAKEDA, que le O SENSEI
créa sa méthode.
LE
SHORINJI-KEMPO
Le
SHORINJI-KEMPO fût créé en 1949
par maître NAKANO MICHIONI appelé DOSHIN-SO
(1911-1981) envoyé en Mandchourie comme agent
des services secrets japonais. Il fût initié
aux arts martiaux chinois par CHINRYO, moine TAOISTE.
Plus tard, il devint élève et ami d'un
expert en boxe chinoise nommé WEN LAO SHE.
Il étudia le CH'UAN-FA l'art du poing ou KEMPO
en japonais. Le SHORINJI-KEMPO de DOSHIN SO fût
mis en forme après un savant assemblage de
boxe chinoise et de JU-JITSU japonais. En plus de
l'aspect martial, le GOHO, techniques proches du KARATE
par ATEMI et blocages, et le JUHO composé de
projections et clés, le SHORINJI-KEMPO met
l'accent sur la pratique de la méditation et
de la philosophie du KONGO ZEN. Ce dernier point l'assimile
à une religion plus qu'à un BUDO. DOSHIN
SO a établi le quartier général
du SHORINJI-KEMPO à TADOTSU dans l'île
de SHIKOKU au sud du Japon.
Rappelons que le nom de SHORINJI est la lecture du
mot chinois SHAOLIN (voir plus haut).
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MORIHEI
UESHIBA (1883-1969)
Fondateur de l'Aikido |
LE
NIHON JU-JITSU
Héritier
du JU-JITSU ancestral, le NIHON JU-JITSU (NIHON signifiant,
ce qui est fondamentalement japonais) est la méthode
officielle enseignée au sein de l'IMAF (Fédération
Internationale des Arts Martiaux Japonais), selon les préceptes
établis par le SHIHAN ITO 10ème dan et son assistant
et successeur SHIZUYA SATO 8ème dan de NIHON JU-JITSU.
L'auteur est titulaire du diplôme 1er degré (le
plus haut degré) pour l'enseignement du NIHON JU-JITSU
sur le plan international.
LE
YOSEIKAN
Son
fondateur maître MINORU MOCHIZUKI, 10ème dan,
enseigne en parallèle de très nombreux BUDO.
Son rayonnement et sa technique font de lui une des plus
grandes figures des arts martiaux à travers le monde.
Cette école se trouve à SHIZUOKA.
L'HAKKO-RYU
"Ecole de la 8ème
lumière", fondée en 1930 par maître
RYUNO OKUYAMA, synthèse de JU-JITSU et AIKI-JITSU,
cette méthode est spécialisée, de plus,
en médecine douce, massage, SHIATSU.
LE
YOSHINKAN
De maître GOZO
SHIODA 10ème dan MEIJIN, cet art est très
proche de l'AIKI-JITSU par son style et son efficacité.
SHIODA SENSEI est un des dirigeants de haut niveau du KOKUSAI
BUDO IN.

LES
PRECURSEURS DU JU-JITSU EN EUROPE
Le
Capitaine britannique HUGUES s'inscrit au KODOKAN de TOKYO.
En Grande-Bretagne, plusieurs professeurs japonais ouvrent
des DOJO au début du siècle. Parmi eux, le
célèbre YOKIO TANI, lui-même professeur
au Club de l'école Japonaise d'Oxford Street à
Londres.
Deux français, Jean-Joseph RENAUD et Guy de MONTGRILHARD
dit RE-NIE s'inscrivent à ces cours. Le premier DOJO
s'ouvre à Paris, rue de Ponthieu en 1904.
RE-NIE écrasa le célèbre lutteur Georges
DUBOIS, le 26 Octobre 1905, au cours d'un match défi.
Georges DUBOIS bien que beaucoup plus lourd et mieux préparé
physiquement que Guy de MONTGRILHARD, sera bloqué
au sol et abandonnera sur une clé de bras. Selon
le rapport des connaissances de l'époque et du degré
d'entraînement, le niveau technique de RE-NIE correspondait
à celui d'une ceinture marron.
En
1908, l'enseigne de vaisseau LE PRIEUR sera la premier français
à étudier le JUDO et le JU -JITSU au Japon.
Malheureusement, à son retour en France, faute de
partenaire valable, il abandonnera peu à peu les
arts martiaux.
Pour la petite histoire, LE PRIEUR inventa par la suite
les bouteilles d'oxygène pour la plongée sous
marine.
En 1906, l'allemand
Eric RAHN ouvre à Berlin la première école
de JU- JITSU.
Encore en Angleterre, ALLAN SMITH fût le premier européen
gradé ceinture noire.
En 1924, K. ISHIGURO et A. AIDA, tous les deux 5ème
dan, enseignent le JU-JITSU au Sporting Club de Paris. Le
célèbre peintre japonais FUJITA, ceinture
marron, grade obtenu à Tokyo aide K. ISHIGURO à
développer sa discipline.
Un scientifique MOSHE
FELDENKRAIS, britannique d'origine israélite créa
le premier DOJO officiel :
le JIU-JITSU club de France aidé en cela par Monsieur
et Madame JOLIOT -CURIE.
En septembre 1933, Le maître JIGORO KANO et son assistant
SHUIDI NAGAOKA qui deviendra plus tard 10ème dan
participent au Championnat de France à une série
de démonstrations et de conférences. Ils font
connaissance de M. FELDENKRAIS.
Maître KANO préface le premier ouvrage officiel
écrit en Français sur le JU-JITSU:" Manuel
Pratique du JIU-JITSU".
Voici un bref extrait de ce livre très intéressant
:
| "le
JU-JITSU est une méthode d'éducation
physique par excellence mais aussi une école
morale, inspirée par la supériorité
et la précision des méthodes sportives
japonaises. Le JU-JITSU combat la force brutale par
les lois de la mécanique rationnelle, opposant
la technique à la force sauvage par sa méthode
logique basée sur le minimum d'effort pour
un maximum
d'efficacité." |
Puis
M. FELDENKRAIS fait venir le 1er octobre 1935 un 5éme
dan japonais, MIKINOSUKE KAWAISHI. Son arrivée
allait donner le véritable essor du JUDO et du
JU-JITSU européens. Maître KAWAISHI excellent
pédagogue crée une méthode personnelle
de JU-JITSU qui se répand à travers l'Europe.
Notons le travail remarquable assuré en parallèle
par le Maître japonais GUNSI KOIZUMI en Angleterre.
En 1957, JIM ALCHEIK, de retour du Japon où
il passa plusieurs années chez Maître MINORU
MOCHIZUKI, crée la Fédération Française
de TAI JITSU (l'auteur deviendra le premier titulaire
de la Commission Nationale en 1959 - Voir Historique
du Nihon Tai-jitsu et de Roland Hernaez).

CONCLUSION
HERITAGE
de l'antique Japon, le JU-JITSU garde les traditions spirituelles
d'un peuple riche en culture comme en sentiments nobles.
Le devoir de chacun des pratiquants du BUDO est de perpétuer
ces conceptions dans notre monde moderne en y apportant
la manifestation d'un développement pour la paix
et le bonheur de tous.
RELATIONS
ENTRE ZEN ET ARTS MARTIAUX
Le
JU-JITSU était enseigné dans les dojo qui
essentiellement se situaient dans les temples. Les Arts
Martiaux étaient donc étroitement liés
au BOUDDHISME venu de l'Inde et introduit au Japon par la
Chine.
Précisons d'ailleurs que le mot DOJO est d'origine
bouddhiste ; il est formé de "JO" qui est
"l'enclos intérieur du temple" et du mot
"DO", "la voie" que l'on retrouve constamment
dans le langage des Arts Martiaux Japonais.
Une des branches du Bouddhisme, le ZEN, prit de l'essor
et imprégna l'âme des "SAMOURAI".
Ce point particulier n'est pas sans rappeler le rôle
important joué à la même époque
par le Christianisme lié à la Chevalerie européenne.
L'histoire des Arts Martiaux, et en particulier du JU-JITSU,
ne peut donc être évoquée sans faire
référence au ZEN (mot qui est une abréviation
de ZENNA) : méditation ou contemplation.
Grâce aux écrits, entre autres, du moine TAISEN
DESHIMARU (1914-1982) auteur de ZEN et ARTS MARTIAUX, il
est possible de mieux comprendre le cheminement.
Le ZEN remonte à l'expérience du Bouddha SAKYAMUNI
qui réalisa l'éveil de la posture ZAZEN (assis
en tailleur ou bien à genoux pieds en extension),
en Inde au VIème siècle avant J.C.
Cette expérience s'est depuis transmise de façon
ininterrompue, de maître à disciple formant
ainsi la lignée du ZEN. Après une implantation
de près de mille ans en Inde, cet enseignement fût
apporté en Chine au VIème siècle après
J.C. par le moine BODHIDHARMA 28ème patriarche. Le
ZEN sous le nom de CH'AN est une école du "grand
véhicule" Bouddhiste qui recommande la concentration
et l'apaisement de la conscience humaine, liés à
l'action intérieure.
Le ZEN connut alors un grand épanouissement dans
ce pays, y trouvant un terrain favorable à son développement.
Selon certaines sources, c'est Le moine RINSAI (1141-1215)
qui introduisit le ZEN au Japon au XIIème siècle
(1191) et fonda sur l'île de KYUSHU le premier monastère.
Selon d'autres sources, c'est le moine japonais DOGEN, qui
après un séjour en Chine, apporta le ZEN au
Japon.
Le ZEN influencera profondément toute la culture
Japonaise, plus de 20000 temples témoignent aujourd'hui
de ce rayonnement.
Avec son message de discipline intérieure et d'inlassable
recherche de la vérité, le ZEN deviendra l'expression
religieuse du BUSHIDO, le code d'honneur de la Chevalerie
Japonaise.
La fusion de cet esprit du BOUDDHISME et du SHINTOISME donnera
cette voie en 7 points essentiels :
| GI |
la
décision juste, l'attitude juste, la vérité |
| YU |
l'amour
universel, la bienveillance envers l'humanité |
| JIN |
la
bravoure teintée d'héroïsme |
| REI |
le
comportement juste |
| MAKATO |
la
sincérité totale |
| MELYO |
l'honneur
et la gloire |
| CHUGI |
la
dévotion et la loyauté |
La voie
du SAMOURAI est impérative et absolue. La pratique
venant du corps à travers l'inconscient est fondamentale;
d'où la très grande importance accordée
à l'éducation du comportement juste. L'intuition
et l'action doivent jaillir en même temps.
Les influences entre le BUSHIDO et le BOUDDHISME ont été
réciproques, mais le BOUDDHISME a marqué le
premier, par cinq aspects :
L'apaisement
des sentiments.
L'obéissance tranquille face à l'inévitable.
La maîtrise de soi face à n'importe quel
événement.
L'intimité plus grande avec l'idée de
la mort par rapport à l'idée de la vie.
La pure pauvreté. |
Le
BUDO est aussi une parfaite méthode pour comprendre
la nature de son propre esprit et de son ego. Sa relation
avec le sport est toute récente. Ce n'est pas seulement
l'apprentissage d'une technique, un WAZA et encore moins
une compétition sportive.
Le BUDO comprend bien sûr des arts de combats à
notions sportives modernes comme le JUDO, le KARATE, le
KENDO. Pourtant la KANJI "BU" signifie aussi
stopper, arrêter la lutte car dans le BUDO, il ne
s'agit pas seulement de concourir, mais de trouver paix
et maîtrise de soi.
L'esprit du ZEN fût introduit au Japon, chez un
peuple belliqueux, dont la guerre était l'occupation
habituelle. Ce fût le génie du ZEN de transformer
les techniques brutales guerrières en art de paix
et de recherche de soi-même.
Le ZEN s'exprime également dans de nombreux aspects
de la vie quotidienne, l'art florale (IKEBANA), la cérémonie
du thé, la diététique, la calligraphie,
l'art des jardins.
Notons que le ZEN fût introduit en Europe en particulier
grâce au maître DESHIMARU.
ETIQUETTE
ET TRADITIONS
Les
pratiquants de BUDO, quelque soit leur niveau, doivent impérativement
étudier et mettre en application durant toute leur
vie de BUDOKA les règles qui régissent leur
discipline.
Trop nombreuses pour être rappelées ici, ces
règles font partie des conceptions fondamentales
des arts martiaux japonais : traditions et respect.
Nous allons insister sur quelques points précis.
Le
DOJO
Lieu
où l'on étudie la voie.
Le salut est de rigueur, avant de pénétrer
sur le tatami ainsi qu'en le quittant. Il est le même
que celui précédant et terminant un exercice
d'étude ou un RANDORI. Les talons joints, les pieds
formants un angle de 60 degrés, mains le long du
corps, le buste s'incline en avant, les yeux regardent le
partenaire.
LE
SALUT AGENOUILLÉ
Dans
les temps anciens, la manière de saluer dépendait
de l'importance que l'on accordait au vis à vis;
par exemple, un SAMOURAI saluant son supérieur s'accroupissait
en posant le genou droit au sol. Or, dans cette position,
il est très difficile de dégainer le KATANA
qui, rappelons le, se portait toujours à gauche,
donc signe de confiance totale. En revanche, en mettant
le genou gauche au sol en premier, il exprimait sa méfiance
(posture traditionnelle dans tous les arts martiaux japonais).
Il en est de même pour la pose des mains sur le tapis.
Poser en premier la main gauche signifie que la droite est
prête à saisir le sabre.
Dans
le dojo, le pratiquant fait face à la place d'honneur,
le KAMIZA (KAMI: ce qui est supérieur, par extension
le ou les dieux du Panthéon SHINTOISTE; ZA: la place
où l'on s'assied).
Il descend d'abord le genou gauche en reculant son pied,
puis le genoux droit. Les genoux sont écartés
de la largeur de deux à trois poings. Les orteils
sont fléchis, les pieds s'allongent, les mains sont
situées environ à 20 centimètres des
genoux en position triangulaire, le buste s'incline, les
yeux fixent le partenaire, ou l'endroit salué. Pour
se relever, on avance le pied droit, puis le gauche. Ce
salut se fait généralement pour commencer
la leçon et la terminer. On le retrouve dans l'étude
et la pratique des KATA. A ce sujet, rappelons la définition
du KATA.
KATA
Ethique
des Arts Martiaux; ensemble de techniques fondamentales
et forme d'entraînement codifiée afin de transmettre,
de génération en génération,
la technique, l'esprit et les buts de l'Art Martial pratiqué.
Les KATA, très nombreux en JU-JITSU, comme dans beaucoup
de BUDO, doivent être imprégnés de vigueur
mais aussi de sérénité.
Un élément important doit être cultivé:
le KOKORO. Eduquer et conserver l'esprit qui ne doit jamais
être troublé.
D'après le maître KYUSO MIFUNE l0ème
dan: " le KOKORO ne se voit pas mais apparaît
sous la forme de réceptacle. Le KOKORO ou centre
des choses est MICHI qui signifie route, chemin, MICHI apparaît
sous la forme de JUTSU: l'art ou la technique"
Extrait
du livre : JU-JITSU "La Force Millénaire",
Ed. AAR
par Roland HERNAEZ, 9ème DAN Japon du SEIBUKAN ACADEMY

Bibliographie:
R. HABERSETZER
: "Ju Jitsu et Kïaï (Marabout)
BUDO MAGAZINE EUROPE
KARATE-BUSHIDO MAGAZINE
DOJO ARTS MARTIAUX
STEPHEN R. TURBULL: "Samourai seigneurs Japonais de
la guerre" (Ed. Bordas)
INAZO NITOBE: L'âme du Japon" (Siam)
M. RANDOM : "Arts martiaux ou esprit des budo"
(Ed. Nathan)
JAPON: (Peuples et nations) Time Life
C. HUGUET : "Acupuncture et arts martiaux" (Ed.
Maisonneuve)
F. DIDIER: "Karate-Do l'esprit guerrier" (Ed.
Sedirep)
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